Chômage à la sortie des grandes écoles

Le forum des étudiants des Instituts d’Études Politiques : actualités politiques, news du crit' et brèves de comptoir

Chômage à la sortie des grandes écoles

Messagepar IDE 34 » 07 Mar 2013, 02:54

On présente toujours les grandes écoles comme des filières anti-crise. Et vous pouvez compter sur elles pour afficher des statistiques d'insertion professionnelle impeccables, avec des salaires "premier emploi" en hausse chaque année.

De leur côté, les entreprises recrutent officiellement (encore "320 000 emplois à saisir", selon Challenges) toujours en priorité dans ces grandes écoles et malgré la crise qui, il faut bien le reconnaitre, modère un peu l'inflation salariale, tout va officiellement pour le mieux dans le meilleur des mondes ou presque.

Bref on entend que très rarement parler de jeunes diplômés de Centrale, HEC, Télécom Paris, ESCP, Sciences Po, EM Lyon, Supelec, Essec, Edhec, Mines, Dauphine, Insead et consorts au chômage.

Les établissements concernés ne communiquent JAMAIS sur le sujet, c'est le black out total.

Ma question est donc : comment font ces grandes écoles pour accroître la taille de leurs promotions chaque année et insérer sur le marché du travail 100% de leurs promotions malgré les hauts et les bas de l'économie ?

N'observe-t-on jamais de phénomènes de précarisation ou de dé-qualification chez nos jeunes diplômés d'élite ? Les jeunes diplômés des grandes écoles de commerce et d'ingénieurs françaises ne se retrouvent-ils jamais au chômage ?
IDE 34
 

Chômage à la sortie des grandes écoles

Pub

Pub
 

Chômage à la sortie des grandes écoles

Messagepar ginny » 07 Mar 2013, 02:55

Bonjour,

Je pense pouvoir répondre à votre question : les jeunes diplômés des grandes écoles connaissent le chômage. Je fais moi-même partie de ces bac+5 (grande école de commerce citée dans votre message) en recherche d'emploi. Après la prépa, lorsqu'on intègre une grande écoles, on est persuadé que par la suite les portes de l'emploi vont s'ouvrir. Malheureusement, si c'est le cas de ceux ayant fait une spécialisation en finance (qui ont pour la plupart trouvé un emploi avant la fin des études, par exemple en audit), les autres étudiants galèrent, notamment les spé marketing (comme moi !).

Pourquoi ? Lors de mon cursus j'ai du faire deux stages (obligatoires pour avoir le diplôme) en marketing, l'un de 6 mois et l'autre de 8 mois. Le 1er a été difficile à trouver parce que je "n'avais pas d'expérience", mais j'ai finalement réussi a en décrocher un au siège d'une grande banque où 1 personne sur 4 est stagiaire ! Lors de mon 1er stage comme lors du 2nd, j'ai remplacé un stagiaire et ai ensuite été remplacée par un autre stagiaire. Lors de mon second stage j'ai même été formée par le stagiaire sortant et j'ai formé le stagiaire prenant ma suite, parce que notre responsable de stage était en poste à 300km et n'avait pas la possibilité de le faire !

Il y a quelque temps j'ai été à un forum d'entreprises dans mon ancienne école. J'en ai rencontré un certain nombre et elles m'ont toutes demandé si ce n'était vraiment pas possible pour moi d'avoir une nouvelle convention de stage (alors que je suis diplômée depuis quelques mois) ! En effet maintenant j'ai suffisemment d'expérience pour faire un stage ! Quand je leur montrais mon CV et leur demandais ce qu'elles recherchaient de plus pour pouvoir intégrer un poste de junior en marketing, elles me répondaient que mon CV était parfait... mais qu'il n'y avait pas de poste à pourvoir ! En revanche il y a quelques postes pour des personnes ayant 3-5 ans d'expérience dans le domaine considéré (comme cela pas besoin de former). J'ai encore le temps de faire des stages pour en arriver là !

Tout le monde sait que les postes de juniors en marketing sont remplacés par des stages tournant. Après tout, quel est l'intérêt de l'entreprise d'embaucher un jeune diplômé quand les grandes écoles leur fournissent de la main d'oeuvre pas bête et pas chère ("6 mois minimum à partir de telle date (pour que cela colle bien avec le stagiaire précédent et qu'il n'y ait pas de trou), en dernière année d'une grande école, expérience dans le domaine considéré requise" ). Les entreprises sont folles de ce système, elles "font de la lèche" aux grandes écoles (sponsoring, forum...) afin d'obtenir des CDD même pas au SMIC. Les grandes écoles nourrissent le cercle vicieux en étalant leurs "relations privilégiées" avec les grandes groupes, leur seul but étant d'accroître leurs promotions sachant qu'à 25000 € par tête ca vaut le coup ! Alors elles ne vont surtout pas parler des jeunes diplômés au chômage !


Le plus scandaleux reste le coût des études. En plus des cours il faut payer le logement et accomplir les "obligations" de l'école pour avoir le diplôme (il n'y a pas que les stages d'obligatoire, il faut aussi partir à l'étranger !). De mon côté j'ai du déménager pratiquement tous les 6 mois pendant 4 ans : 9 logements dans 4 pays différents ! Cela a eu pour effet de me rendre courante dans mes deux langues étrangères (mais apparemment c'est trop banal pour les entreprises aujourd'hui), et en plus ce manque de stabilité n'est pas évident (loin de la famille, loin des amis, toujours a recréer des liens que l'on perd quelques mois après, impossibilité d'avoir une réelle relation affective). Pour financer tout cela mes parents m'ont aidé (j'ai de la chance), mais j'ai aussi un gros prêt étudiant sur le dos. Il va falloir que je commence à le rembourser bientôt... donc je vais sans doute devoir me brader.

Le système est pourri et le gouvernement ne fait rien. La France peut se flatter d'avoir un salaire minimum comme le SMIC, le véritable salaire minimum est celui des stagiaires qui occupent de véritables emplois. Je ne suis pas contre les stages, au contraire, je pense que c'est vraiment très intéressant pour un étudiant d'avoir une vision de terrain, ça peut l'aider dans son orientation. Mais 6 mois n'est-ce pas un peu trop pour connaître mieux la fonction qui pourrait éventuellement intéresser un étudiant ? En plus à la fin des études, si on postule pour un poste qui est différent des stages effectués on est jeté direct... parce que pas d'expérience !
ginny
 

Chômage à la sortie des grandes écoles

Messagepar Christophe​ 2 » 07 Mar 2013, 02:55

Je suis entièrement d'accord avec cette idée que la France dispose de la main d'oeuvre avec le meilleur rapport qualité / prix du monde : les stagiaires de grandes écoles. Immédiatement opérationnel (puisqu'il a déjà 3 stages à son actif minimum), disponible pour une durée d'un an voire plus, le stagiaire grande école sait parler anglais, espagnol, mandarin, maitrise excel power point comme personne et est près à faire des horaires de PDG pour le salaire d'une femme de ménage à mi-temps.

Les entreprises adorent et les écoles de commerce se gargarisent de rallonger leur scolarité pour pouvoir inclure toujours plus de stages dans le cdre de la scolarité, comme à l'Essec ou il n'est pas rare de voir des étudiants cumuler l'équivalent de 2 ans de stage ! Ne seraient-ils pas mieux à travailler pour un vrai salaire ? D'autant que, comme l'explique ginny, ces stagiaires pas chers concurrencent les jeunes diplômés qui aimeraient travailler en CDI !
Christophe​ 2
 

Chômage à la sortie des grandes écoles

Messagepar Blizzard » 07 Mar 2013, 02:56

En gros, dans les écoles d'ingé, la finance n'est plus à la mode : on se rabat sur des postes opérationnels et de l'encadrement techniques. Dans les écoles de commerce, c'est l'audit qui permet de sauver la mise, par contre c'est mort pour le market ou les RH. Ce qui marche encore c'est les débouchés un peu relous genre achats, supply chain, contrôle de gestion...
Blizzard
 

Chômage à la sortie des grandes écoles

Messagepar un ancien » 07 Mar 2013, 02:56

Le message de blizzard ne résumerait-il pas une partie du problème, à parler de mode et de débouchés relous ? Mode et prestige déconnecté de la réalité ont sans doute été possibles dans les années d'inconscience financière, mais la page se tourne. Un vrai poste et un salaire correct correspondent tout simplement à une valeur ajoutée réelle, et c'est un peu léger de mépriser les "postes opérationnels et l'encadrement technique" ou les fonctions vitales que sont les achats, le supply chain et le contrôle de gestion.

Je suis en poste dans une entreprise qui se bat en première ligne, je vois défiler des stagiaires "bouche-trous", mais très peu ont le comportement et la volonté qu'il faut pour retenir l'attention. Ceux-là, on s'en souvient, ils se font des relations utiles, et un jour ou l'autre, on saura faire appel à eux. Leur première qualité, quelles que soient les frustrations ressenties, c'est d'être à l'écoute, curieux, modestes, concrets, ouverts et imaginatifs, non pas en restant groupés entre stagiaires et cramponnés à des ambitions un peu théoriques, mais en montrant qu'ils peuvent apporter quelque chose à l'entreprise. Ce n'est pas toujours facile, mais c'est le seul moyen de ne pas errer en attendant la poule aux oeufs d'or...
un ancien
 

Re: Chômage à la sortie des grandes écoles

Messagepar veromaud » 07 Mar 2013, 02:57

ginny a écrit:Bonjour,

Je pense pouvoir répondre à votre question : les jeunes diplômés des grandes écoles connaissent le chômage. Je fais moi-même partie de ces bac+5 (grande école de commerce citée dans votre message) en recherche d'emploi. Après la prépa, lorsqu'on intègre une grande écoles, on est persuadé que par la suite les portes de l'emploi vont s'ouvrir. Malheureusement, si c'est le cas de ceux ayant fait une spécialisation en finance (qui ont pour la plupart trouvé un emploi avant la fin des études, par exemple en audit), les autres étudiants galèrent, notamment les spé marketing (comme moi !).

Pourquoi ? Lors de mon cursus j'ai du faire deux stages (obligatoires pour avoir le diplôme) en marketing, l'un de 6 mois et l'autre de 8 mois. Le 1er a été difficile à trouver parce que je "n'avais pas d'expérience", mais j'ai finalement réussi a en décrocher un au siège d'une grande banque où 1 personne sur 4 est stagiaire ! Lors de mon 1er stage comme lors du 2nd, j'ai remplacé un stagiaire et ai ensuite été remplacée par un autre stagiaire. Lors de mon second stage j'ai même été formée par le stagiaire sortant et j'ai formé le stagiaire prenant ma suite, parce que notre responsable de stage était en poste à 300km et n'avait pas la possibilité de le faire !

Il y a quelque temps j'ai été à un forum d'entreprises dans mon ancienne école. J'en ai rencontré un certain nombre et elles m'ont toutes demandé si ce n'était vraiment pas possible pour moi d'avoir une nouvelle convention de stage (alors que je suis diplômée depuis quelques mois) ! En effet maintenant j'ai suffisemment d'expérience pour faire un stage ! Quand je leur montrais mon CV et leur demandais ce qu'elles recherchaient de plus pour pouvoir intégrer un poste de junior en marketing, elles me répondaient que mon CV était parfait... mais qu'il n'y avait pas de poste à pourvoir ! En revanche il y a quelques postes pour des personnes ayant 3-5 ans d'expérience dans le domaine considéré (comme cela pas besoin de former). J'ai encore le temps de faire des stages pour en arriver là !

Tout le monde sait que les postes de juniors en marketing sont remplacés par des stages tournant. Après tout, quel est l'intérêt de l'entreprise d'embaucher un jeune diplômé quand les grandes écoles leur fournissent de la main d'oeuvre pas bête et pas chère ("6 mois minimum à partir de telle date (pour que cela colle bien avec le stagiaire précédent et qu'il n'y ait pas de trou), en dernière année d'une grande école, expérience dans le domaine considéré requise" ). Les entreprises sont folles de ce système, elles "font de la lèche" aux grandes écoles (sponsoring, forum...) afin d'obtenir des CDD même pas au SMIC. Les grandes écoles nourrissent le cercle vicieux en étalant leurs "relations privilégiées" avec les grandes groupes, leur seul but étant d'accroître leurs promotions sachant qu'à 25000 € par tête ca vaut le coup ! Alors elles ne vont surtout pas parler des jeunes diplômés au chômage !


Le plus scandaleux reste le coût des études. En plus des cours il faut payer le logement et accomplir les "obligations" de l'école pour avoir le diplôme (il n'y a pas que les stages d'obligatoire, il faut aussi partir à l'étranger !). De mon côté j'ai du déménager pratiquement tous les 6 mois pendant 4 ans : 9 logements dans 4 pays différents ! Cela a eu pour effet de me rendre courante dans mes deux langues étrangères (mais apparemment c'est trop banal pour les entreprises aujourd'hui), et en plus ce manque de stabilité n'est pas évident (loin de la famille, loin des amis, toujours a recréer des liens que l'on perd quelques mois après, impossibilité d'avoir une réelle relation affective). Pour financer tout cela mes parents m'ont aidé (j'ai de la chance), mais j'ai aussi un gros prêt étudiant sur le dos. Il va falloir que je commence à le rembourser bientôt... donc je vais sans doute devoir me brader.

Le système est pourri et le gouvernement ne fait rien. La France peut se flatter d'avoir un salaire minimum comme le SMIC, le véritable salaire minimum est celui des stagiaires qui occupent de véritables emplois. Je ne suis pas contre les stages, au contraire, je pense que c'est vraiment très intéressant pour un étudiant d'avoir une vision de terrain, ça peut l'aider dans son orientation. Mais 6 mois n'est-ce pas un peu trop pour connaître mieux la fonction qui pourrait éventuellement intéresser un étudiant ? En plus à la fin des études, si on postule pour un poste qui est différent des stages effectués on est jeté direct... parce que pas d'expérience !


Bonjour,
Je suis journaliste tv et travaille actuellement sur un reportage pour un magazine de France 2 sur la difficulté des jeunes, notamment
les diplômés de grandes écoles, à trouver un premier emploi. J'ai lu votre message avec beaucoup d'intéret et j'aurais bien
voulu en savoir un peu plus. Pourriez vous me contacter a l'adresse suivante ? veroniquemauduy@hotmail.com
Merci,

cordialement,

veronique mauduy
veromaud
 

Chômage à la sortie des grandes écoles

Messagepar Yannick » 07 Mar 2013, 02:57

Selon la lettre A, 20% des diplômés de la dernière promo HEC serait toujours en recherche d'emploi. Et "le constat est similaire à l'Essec et à l'ESCP-EAP où le taux de "chômage" de la dernière promo atteindrait 30%"
Yannick
 

Chômage à la sortie des grandes écoles

Messagepar Roo » 07 Mar 2013, 02:58

Bah, cela fait quand même 70 à 80% qui a réussi à se caser en un peu plus de 6 mois (en considérant qu'ils ont certainement commencé à chercher un boulot en septembre). PAs de quoi se réjouir, mais ce n'est quand même pas la cata.

PAr contre à Sup de Co Montpellier je pense qu'ils doivent en être à 60% de chômeurs dans la dernière promo
Roo
 

Chômage à la sortie des grandes écoles

Messagepar Yannick » 07 Mar 2013, 02:58

Le nombre de jeunes inscrits au chômage a doublé (+104%) pour les diplômés Bac+3 ou plus, selon Mediapart, qui cite une note gouvernementale
Yannick
 

Chômage à la sortie des grandes écoles

Messagepar Simon U » 07 Mar 2013, 02:59

Et à Sciences Po ? Je serais curieux de connaitre le taux de chomage des diplômés des sections culture, journalisme, international etc. Pendant les belles années de croissance éco, Richard Descoings a augmenté le nombre d'étudiants, de masters...sans penser qu'un jour trouver un emploi à la sortie ne serait peut être pas si évident que ça. Le diplôme est dévalorisé. Pour un poste, il y 10 postulants diplômés de Sciences Po, il ne faut pas s'etonner.
Simon U
 

Suivante

Retourner vers Débats d'actualité et discussions subtiles

Qui est en ligne

Utilisateurs parcourant ce forum: Bing [Bot] et 1 invité